Les prêtres qui se sont succédés à Sainte Céronne

 

En 1251, Nicolas de Ceton, seigneur de Ste-Céronne donna le droit de patronage sur l’église à Geoffroy évêque de Sèes et à ses successeurs. Le curé relevait donc directement de l’évêque de Sèes. Il percevait le quart des grosses dimes et le reste se partageait entre l’évêque, l’abbaye de la Trappe et le chapelain de Poix. En 1790, le revenu de la cure fut estimé à 3000 livres.
Nous venons de faire allusion au chapelain de Poix. Il y avait en effet à Ste-Céronne une chapelle ou prieuré de St-Jean de Poix. Le chapelain était à la présentation du seigneur temporel. La liste des chapelains va de 1540 à la Révolution.

Avant 1520 : Jean BARRÉ
3 février 1520 : Nicolas GERARD
? : Pierre PELLEQUOIS
27 mars 1546 : Guillaume du MOULINET ( de la famille de Louis du MOULINET évêque de Sèes de 1564 à 1601 )
16 juin 1582 : Claude de MORENNE ( appartenait au clergé de Paris-Homonyme et parent de l’évêque de Sèes 1601-1606 )
28 juillet 1592 : François LE MOINE
? : Etienne AUBIN
20 novembre 1609 : René BEZARD
18 décembre 1626 : Jean COLLET
? : Antoine LANGLIN
31 mars 1635 : Nicolas VALOBRY
1 septembre 1651 : Louis LEVIGNEUR
16 mars 1695 : Michel ROGER
7 octobre 1695 : Michel BARBIER
? : Nicolas LOYER
30 septembre 1697 : Jacques FONTAINE
7 février 1701 : Robert LEGRAIN
5 mars 1701 : Claude MAILLARD
22 mars 1703 : Pierre de SARTHE
26 janvier 1731 : Jérôme MAHAUT
27 juin 1731 : Robert POTTIER
8 mars 1734 : Christophe CHARTRAIN
3 juillet 1776 : Jean-Jacques THIBOUST DE LA FRESNAYE
1791 : Jean-Joseph FRETE
1795 : Pierre MASNIER
1802 : Guillaume LAFONTAINE
? : Robert FRANCOIS
1805 : Nicolas LE PORTIER
1807 : LIZOT
1 octobre 1808 : Pierre Jean LANGLOIS
9 septembre 1813 : HOYAU
14 août 1822 : GOUPIL
1 août 1824 : LEMESNAGER
1852 : GAUGAIN
10 juin 1864 : Julien LOUISFERT
juin 1872 : Eugène LANOË
20 octobre 1882 : Louis LEVEAU
1 octobre 1885 : Victor Alexis BARRE
21 août 1887 : Louis Dominique BOUDON
11 janvier 1895 : Philibert Marie SICOT
14 juillet 1911 : HAYOT
9 janvier 1920 : CHARDON jusqu’en 1925

Avant d’être curé de Ste Céronne, M. Thiboust de la Fresnaye y avait exercé les fonctions de vicaire. Quant vint la Révolution, il se montre résolument opposé à la prestation du serment constitutionnel. Dans ses « Souvenirs » l’abbé Marre vicaire de Ste-Croix de Mortagne rapporte ce fait typique.


Obligé de fuir Mortagne où leur vie était menacée, l’abbé Marre et son confrère l’abbé Blanche erraient à travers la campagne et cherchaient un asile, quand ils aperçurent le clocher de Ste-Céronne, et l’abbé Marre écrit :  « Le curé était des nôtres ; nous le connaissions parfaitement, c’était le curé le plus intrépide de tous les environs. Quand nous entrâmes dans sa cour, il était dans son presbytère à réfléchir sur notre fin tragique, car il croyait que nous avions été assassinés ; ce bruit s’était répandu dans toute la contrée.

Dès qu’il nous aperçut, il vint à notre rencontre:
- Juste ciel !… comment ! c’est bien vous !
- Du pain, du pain, mon cher curé, nous n’avons ni mangé ni bu depuis hier soir ; nous mourons de faim.
Il s’empressa de nous faire servir quelques aliments. Nous étions en train de prendre notre repas, lorsque deux curés du voisinage de Ste-Céronne entrèrent dans la salle du presbytères. A notre vue, ils restent interdits et s’écrient :
- Comment, mes bons amis, vous n’êtes pas morts ? Toute la ville vous croit tués. Nous en venons et c’est sur le bruit de votre mort que nous y sommes allés.
- Pour quoi faire, dit le curé de Ste-Céronne ?
- Dame ! nous avons eu peur. Nous venons de prêter serment au district.
- Vous êtes des lâches !


Telle fut la brusque réponse du curé qui n’y allait pas de main morte.
Inutile de dire après cela que M. Thiboust de la Fresnaye ne prêta pas le serment constitutionnel ; mais il ne put se maintenir à Ste-Céronne. Il s’exila en Angleterre et y mourut vers l’année 1797.
M. Charles Thorel est également porté sur la liste officielle des prêtres exilés.


Après le départ de M. Thiboust de la Fresnaye, la cure de Ste-Céronne fut occupée par un nommé Fretté, prêtre ordonné par Le Fessier et qui n’avait d’ecclésiastique que le nom. Ne s’embarrassant pas plus de la religion que si elle eût été une simple formalité, il mangeait de la viande à l'auberge pendant la Semaine-Sainte et était grand amateur de la bouteille. Commissaire du pouvoir exécutif, il fit arrêter plusieurs personnes. Quand fut signé le Concordat, Fretté tenta cependant de rester à Ste-Céronne;  il envoya une rétractation pateline à l’évêque de Sèes et se fit réclamer par quelques-uns de ses affidés ; mais la majorité de la population, qui en avait assez d’un pareil individu, envoya une lettre de protestation à l’évêque de Sèes.

La voici :
« Un jeune prêtre constitutionnel, enfant de la Révolution, habite depuis dix ans notre commune. Il n’y a exercé ses fonctions sacerdotales que momentanément, c’est-à-dire en les abdiquant et les reprenant suivant les circonstances, ayant été tour à tour agent de la commune et secrétaire de l’administration ; il n’a jamais eu la confiance publique ; il ne la méritait pas, par des motifs que la charité exige de tenir secrets ; et s’il en a paru investi parfois, il ne la due qu’à la terreur. D’après cet exposé, vous vous persuaderez sans peine qu’il ne doit qu’à sa ruse la faveur d’une pétition qu’il a extorquée. Mais, au nom de Dieu, au nom de la religion que vous protégez et du bien public, nous vous supplions de jeter un regard de compassion sur notre infortunée paroisse, en rejetant une pétition qui n’est que le fruit de l’intrigue, en nous accordant un pasteur capable de nous maintenir dans les principes de la religion que nous n’avons cessé de professer dans le silence et malgré la persécution. »


La cause était jugée. Fretté ne fut point maintenu à Ste-Céronne.

 

 

 

 

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